Méditations de Carême (3ème Partie)

Publié le par vincent.paris.over-blog.fr

Un petit extrait de la Passion selon Saint Matthieu, de J. S. Bach
 
 

L'Amour fou de Dieu pour moi, P. Raniero Cantalamessa

Regardons vers l'Amour crucifié

« Le soir, ce même jour, le premier de la semaine, et les portes étant closes, là où se trouvaient les disciples, par peur des Juifs, Jésus vint et se tint au milieu et il leur dit : "Paix à vous !" Ayant dit cela il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie à la vue du Seigneur. Il leur dit alors, de nouveau : "Paix à vous ! Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie."

« Ayant dit cela, il souffla sur eux et leur dit : "Recevez l'Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus." Or Thomas, l'un des douze, appelé Didyme, n'était pas avec eux lorsque vint Jésus. Les autres disciples lui dirent donc : "Nous avons vu le Seigneur !" Mais il leur dit : "Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, et si je ne mets pas ma main dans son côté, je ne croirai pas."

« Huit jours après, ses disciples étaient de nouveau à l'intérieur et Thomas avec eux. Jésus vient, les portes étant closes, et il se tint au milieu et dit : "Paix à vous." Puis il dit à Thomas : "Porte ton doigt ici : voici mes mains ; avance ta main et mets-là dans mon côté, et ne deviens pas incrédule, mais croyant." Thomas lui répondit : "Mon Seigneur et mon Dieu !" »

(Jn 20, 19-29)

Avec Jésus, descendant du Calvaire

Il est mort pour nos péchés

C'est le moment de passer de la contemplation de la Passion à notre réponse à cette dernière.

Pendant le Carême de cette année, j'ai tenu des méditations sur la Passion du Christ à la Maison Pontificale. Connaissant l'amour du pape pour la musique sacrée, et l'importance que cette dernière a eue dans la spiritualité allemande, j'ai voulu réécouter la Passion selon Matthieu de Bach.

Il y a un passage qui m'a profondément ému. À l'annonce de la trahison, tous les apôtres demandent à Jésus « Seigneur serait-ce moi ? » « Herr, bin ich's ? » (Mt 26, 22b ; cf. Mc 14, 19)

Cependant avant de nous faire écouter la réponse du Christ, annulant toute distance entre l'événement et sa commémoration, le compositeur fait intervenir le chrétien dévoué d'aujourd'hui qui crie sa compassion : « Oui, c'est moi, moi l traître ! » « Ich bin's ich sollte büssen. »

Cette interprétation est probablement biblique. Le kérygme, ou annonce, de la Passion est toujours formé de deux éléments : un fait - « souffrit », « est mort » - et la motivation du fait - « pour nous », « pour nos péchés ». il a été mis à mort – dit l'apôtre – pour nos péchés (cf. Rm 4, 25) ; il est mort pour les impies, il est mort pour nous (cf. Rm 5, 6. 8.)

Il est mort à cause de moi

La Passion nous reste inévitablement étrangère, tant que nous n'entrons pas par cette porte étroite du « pour nous ». Seul celui qui reconnaît que la Passion est aussi son oeuvre, connaît vraiment la Passion. C'est moi, Judas qui trahit. C'est moi, Pierre qui renoue, la foule qui crie : « Barabbas, pas lui ! »

Touts les fois où j'ai préféré ma satisfaction, ma commodité, mon honneur à ceux du Christ, j'ai réalisé cette trahison. Don Primo Mazzolari, dans un mémorable discours dun Vendredi Saint, n'avait pas tort de parler de « notre frère Judas ».

Je l'ai tué

Si Christ est mort « pour moi » et « pour mes péchés », alors cela veut dire – en mettant simplement la phrase à la voix active – que j'ai tué Jésus de Nazareth, que mes péchés l'ont écrasé. C'est ce que Pierre proclame avec force avec ses trois milles auditeurs, le jour de la Pentecôte : « Jésus le Nazaréen, […] vous l'avez pris et fait mourir en le clouant à la croix par la main des impies » (Ac 2, 22b. 23b.)... « Vous avez chargé le Saint et le Juste. » (Ac 3, 14a)

Ces trois milles personnes n'étaient pas toutes présentes sur le Calvaire à enfoncer les clous, et elles n'étaient pas devant Pilate pour lui demander la crucifixion de Jésus. Elles auraient pu protester ; cependant elles acceptent l'accusation et disent aux apôtres : « Frères, que devons-nous faire ? » (Ac 2, 37b)

L'Esprit Saint les avait « convaincus quant au péché », leur faisant faire un simple raisonnement : si le Messie est mort pour les péchés de son peuple, et que j'ai commis un péché, alors j'ai tué le Messie.

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