Un petit clin d'oeil au grand Mamamouchi

Publié le par vincent.paris.over-blog.fr

Monsieur Jourdain
[... ] il faut que je vous fasse une confidence. Je suis amoureux d'une personne de grande qualité, et je souhaiterais que vous m'aidassiez à lui écrire quelque chose dans un petit billet que je veux laisser tomber à ses pieds.
Le Maître de philosophie
Fort bien.
Monsieur Jourdain
Cela sera galant, oui.
Le Maître de philosophie
Sans doute. Sont-ce des vers que vous lui voulez écrire ?
Monsieur Jourdain
Non, non ; point de vers.
Le Maître de philosophie
Vous ne voulez que de la prose ?
Monsieur Jourdain
Non, je ne veux ni prose ni vers.
Le Maître de philosophie
Il faut bien que ce soit l'un ou l'autre.
Monsieur Jourdain
Pourquoi ?
Le Maître de philosophie
Par la raison, monsieur, qu'il n'y a, pour s'exprimer, que la prose ou les vers.
Monsieur Jourdain
Il n'y a que la prose ou les vers ?
Le Maître de philosophie
Non, monsieur. Tout ce qui n'est point prose est vers, et tout ce qui n'est point vers est prose.
Monsieur Jourdain
Et comme l'on parle, qu'est-ce que c'est donc que cela ?
Le Maître de philosophie
De la prose.
Monsieur Jourdain
Quoi ! quand je dis : 'Nicole, apportez-moi mes pantoufles, et me donnez mon bonnet de nuit ', c'est de la prose ?
Le Maître de philosophie
Oui, monsieur
Monsieur Jourdain
Par ma foi, il y a plus de quarante ans que je dis de la prose sans quej'en susse rien, et je vous suis le plus obligé du monde de m'avoir appris cela.

in Le Bourgeois Gentilhomme, Molière

Publié dans Textes littéraires

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